L’argot étudiant, autant que je m’en souvienne, utilisait cette expression : « Plancher sur un sujet », d’où le nom du travail : « une planche ».
Si je remonte le temps de quelques millénaires, entre Tigre et Euphrate, j’imagine sans peine l’intendant, ou même le prêtre, là-bas dans sa Mésopotamie, en train de lister sur une plaque d’argile fraîche les types et quantités de produits expédiés à son grossiste – en écriture cunéiforme, bien sûr. Je l’observe : concentré, il prend bien garde de ne pas enfoncer le mauvais coin ; sous peine de jeter la planchette et d’en commencer une nouvelle !
Aujourd’hui, nos planches ordinaires sont en bois, sinon massif au moins aggloméré. Mais les coutumes des Francs-maçons ont conservé l’usage des mots et la planche à tracer qui servait à établir le programme de travail des compagnons, sur les chantiers du Moyen-Âge, a gardé une valeur symbolique.
En loge, une planche est le nom donné à l’exposé par un Frère de son travail, en général une réflexion sur un sujet symbolique ou ésotérique. C’est aussi la mission du Frère Secrétaire que de « tracer la planche » des derniers travaux (qui incluent donc de la planche lue par un Frère), autrement dit de rédiger le résumé de la précédente séance en conservant tout ce qui mérite de l’être et en « oubliant » ce qui ne mérite pas d’être gardé.
Cette « planche tracée » sera lue puis approuvée, ou amendée[1] si nécessaire par les Frères au cours d’une séance suivante.
[1] En cas d’inexactitude, ou d’oubli d’un élément important, les Frères jouissent en effet de la liberté de proposer une modification. Elle sera mise aux voix et, après avis de l’orateur, la planche tracée sera approuvée, avec ou sans l’amendement. Elle viendra nourrir la mémoire de la loge.