L’âge de raison

Qu'est-ce que l'âge de raison en Franc-Maçonnerie ?

Dans mon enfance, on me disait qu’à sept ans j’aurais atteint l’âge de raison. Et on précisait que cet événement, considéré comme une étape essentielle de ma vie sur terre, aurait lieu à mon septième anniversaire, donc à 7 ans révolus.

 J’ai longtemps ignoré d’où venait cet âge, notamment quand l’horloge de vie a sonné ces sept coups. Pourquoi pas plus tôt ? Pourquoi pas plus tard, à 8, 9 ou même 10 ans ? Je me sentais décidément un enfant, certes parfois raisonnable – en tout cas aux yeux des grandes personnes – mais rien dans ma conduite ne m’a paru justifier un passage aussi net et aussi important. Surtout quand je rêvais tout éveillé…

 Ce n’est que bien plus tard, après être devenu Franc-maçon, d’abord apprenti, puis compagnon et enfin maître que cet âge symbolique particulier a pris tout son sens.

 Il faut savoir que l’initiation maçonnique se passe en trois étapes, successives et bien distinctes : on est initié et l’on devient d’abord apprenti puis, quelque temps après, on passe compagnon avant que d’être élevé au grade de maître, encore quelque temps plus tard. Ce délai dépend en grande partie des pratiques de chaque loge mais il se compte au moins en mois voire en années. A côté de cette progression, dont je peux affirmer qu’elle ouvre chacun à des possibilités de son être, il convient d’ajouter que chaque étape est marquée par un âge symbolique : 3 ans pour l’apprenti, 5 ans pour le compagnon et 7 ans pour le maître. Et là, ce soir-là, j’ai entrevu la justesse de cette expression. Elle ne parlait pas de sagesse, de transcendance, de fierté, de courage, d’honnêteté, de réussite, elle disait simplement « âge de raison ». J’ai compris qu’ à 40 ans passés en devenant maître maçon je venais de revenir à mes 7 ans, en pleine maturité et en toute plénitude. Le monde s’ouvrait à la découverte du cœur et j’entrevoyais la possibilité du programme des années à venir, celle que le grand Blaise Pascal avait jadis si bellement formulée : « le cœur à ses raisons que la raison ne connaît point »[1].

 

 

 

 

 


[1] Souvent attribuée à Jean Racine, cette remarque en forme de jeu de mots est de Blaise Pascal : Pensées, Papiers non classés, série II – 423/277, Œuvres complètes p. 552.